Il y a, quelque part dans l'espace, un monde où tu vis, loin de nous, maintenant. Un monde où ta présence est invisible, ou tu restes belle, à jamais. Te souviens-tu, quand tu étais petite, de ces premiers pas timides, tendant la main, à ton grand frère, qui t'encourageait, en souriant. Ce premier pas, que tu venais de réussir, comme il en fut fier, en te serrant, sur son coeur.
Craintive, tu n'aimais pas dormir, seule, dans ton lit, effrayée, par les ombres que les nuages laissaient, sur le plafond, traîner. Tu attendais que ton frère s'endorme, puis, tu venais le retrouver, te glissant, à petits pas discrets, montant, sur son lit, te glissant, apeurée, contre lui, calmant tes peurs d'enfant.
Sous la douceur de la couette, tu souriais, doucement. Adieu, ogres, sorcières, loups et autres monstres terrifiants. Tu l'entourais de tes petits bras potelés, la tête nichée, contre son épaule, à nouveau, rassurée.
Je me souviens, de cette armoire où il cachait ses bonbons. De ta malice à entrouvrir la porte, prenant ce cheveu qu'il y avait coincé, partageant, dans une meme complicité, ses friandises, entre nous, puis tu remettais, ce cheveu, précautionneusement, entre la porte, en rigolant.
Te souviens-tu de ces bateaux, dans le canal qui passaient, sous la fenêtre, me demandant, pourquoi les maisons glissaient, sur l'eau, alors que la notre restait immobile ?
Je n'ai jamais oublié tes innombrables questions d'enfant. Pourquoi le ciel pleurait et que la lune nous regardait en semblant rire ? Pourquoi l'eau sortait, mystérieusement, de nos regards quand nous pleurions. Pourquoi l'eau tombait du ciel mais ne remontait jamais dans l'autre sens ? Pourquoi les poissons ne parlaient-ils jamais ?
Il y a, accroché au mur, ce premier cadeau que tu m'as offert. Deux lutins suspendus, sur un fil, qui, chaque jour, me regardent passer devant eux et, ce premier dessin, le sourire de Mickey, accroché à l'intérieur de mon placard, fait de tes petites mains d'enfant, que tu m'avais remis, très fière, dans un sourire empli d'innocence.
Pas un endroit ne me paraît plus beau, en retrouvant, les traces de ta présence, chaque soir, même si ta vie fut éphémère. Cet endroit est devenu mon havre de paix, où je laisse s'écouler mes larmes, loin des regards. Pourquoi y suis-je restée ? Sans doute, parce que tout me rappelle ta présence. En dépit de ton absence, j'ai refait tapisser ta chambre. Mais il y manque mon ange et chaque jour me fait prendre conscience du temps qui passe et de tes éclats de rire devenus absents.
Aujourd'hui, c'est moi qui me pose des tas de questions, qui demeurent, depuis, sans réponse : Pourquoi ton meurtrier n'a-t- il jamais été puni ? Pourquoi la Justice l'a-t-elle laissé libre ? Pourquoi n'a-t-elle pas mis, en application, cette sanction qu'on a attendu, si longtemps ? T'a-t-on donné une seconde chance ? Non! Ta vie s'est arrêtée à 17 ans, dans cet immense champ de blés, rougi par ton sang.
Mon regard est devenu, plus grave; mon coeur, un peu plus lourd, chaque jour, qui passe. Le Temps s'écoule, sans Toi, avec une lenteur exaspérante et pourtant, chaque jour, je te sens près de moi comme une invisible présence.
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