Pouvait-il imaginer, un seul instant, ce qui l'attendait, ce jour là ? Tout avait commencé par ce message qui l'avait séduit et auquel elle venait de répondre. De jour en jour, elle l'avait croisé, régulièrement, sur le Net, éprouvant, à chaque fois, une bouffée de plaisir en découvrant ses réponses, dans sa bal. Face à la quantité impressionnante de réponses qu'elle avait reçues, il avait réussi à attirer son attention, par la vivacité de ses mots et leur impertinence.
MARINE était cependant prudente et n'avait pas l'intention de tomber amoureuse du premier venu, d'où cette pré-sélection, en lançant son message. Elle fut d'autant plus surprise de sa propre réaction, face au charme qui se dégageait de ses réponses. Il venait de la faire craquer, dès ce premier contact.
Face à ses questions, il était resté discret sur le nombre de ses conquêtes. Il avait admit que la distance qui les séparait avait été pour beaucoup dans la rupture de ses relations. Sa voiture avait parcouru des kilomètres et commençait à montrer quelques signes d'épuisement d'où sa recherche dorénavant, dans sa région.
Il ne manquait jamais d'adresser une carte, à ses ex petites amies, pour leur anniversaire, bien que tout soit fini, entre eux. Il en parlait avec simplicité, comme si ce geste était naturel.
En découvrant qu'elle venait de lui répondre, il se mit à sourire, heureux de voir que cette correspondance se poursuivait, venant très rarement sur le net; il admettait avoir eu des a priori concernant les rencontres sur Internet.
Olivier, son meilleur ami, l'avait incité à essayer les rencontres organisées par les internautes, vu qu'il était, à nouveau, célibataire. Il reconnaissait que sans son ami, rien de tout cela ne serait arrivé, ce qui aurait été préférable...
Il lui proposa un rendez-vous, dans un des restaurants, les plus en vue, de la ville. Elle avait longuement hésité, n'ayant plus jamais osé rencontrer une personne par le net. Quelques mois auparavant, elle avait vécu une rencontre désastreuse avec un type venu la rencontrer, totalement, ivre.
Le grand jour arriva. Elle avait arpenté divers magasins, désespérant de trouver une robe présentable.
En arrivant dans la salle, elle hésita, se demandant comment l'aborder. Il était installé près de la fenêtre, regardant au dehors; C'était un bel homme brun, BCBG mais paraissait un peu plus âgé que ce qu'elle s'était imaginé. Elle prit son courage à deux mains et se présenta à sa table;
- Bonsoir! Je suis MARINE, de Caramail; pas trop surpris?
- Oh! bien sur que non! vous êtes délicieuse...répondit-il, ayant hésité quelques secondes, lui décochant un sourire charmeur...
MARINE, un peu nerveuse, n'arrêtait de parler, lui posant mille questions, observant la fossette, sur sa joue qui se dessinait, par instant...
Lui qui était si passionné de sa profession de photographe, était, soudain, discret, à ce sujet, esquivant souvent ses questions. Elle comprenait qu'il avait envie de discuter d'autre chose, naturellement mais il lui avait promis de lui expliquer quel grain utiliser pour parfaire ses photos ou la meilleure heure afin d'obtenir une meilleure luminosité. Elle patientait, l'écoutant, ayant préparé une foule de questions sans imaginer un instant, qu'il n'y répondrait.
Il lui parla, longuement, de la forêt de Fontainebleau, luxuriante et immense, à parcourir, à cheval. Coté équitation, il était intarissable. C'était un homme discret, parlant peu de sa vie privée. Parfois, il l'observait, longuement, en silence, tirant sur sa cigarette, à longues bouffées, tout en réfléchissant. Il se leva, brusquement, puis s'éloigna, s'excusant de devoir donner un coup de fil.
Elle admirait, sa silhouette longiligne, et sa démarche assurée. Comment occuperaient-ils cet après midi? Avait-il prévu quelque chose? Il n'avait rien dit, préférant lui faire la surprise. Elle avait acquiécé, en souriant, lui laissant carte blanche.
Il revint quelques minutes plus tard, régla leurs verres puis lui fit signe de le suivre. Ils faisaient merveilleusement beau et quelques minutes plus tard, il se gara, non loin de Montparnasse. L'endroit grouillait de touristes à l'allure nonchalante et aux vêtements multicolores offrant un contraste étrange avec la sobriété des parisiens. Ils montèrent d'un même élan les marches et parfois, sa main venait la frôler. Elle lui souriait, d'un air complice, sans rien dire.
Ils observèrent les statues de bronze, superbes, gâchées par le vert de gris provoqué par la pluie, qui ternissait le monument.
Plus loin, il la prit en photo, pries des artistes peintres, l'air aussi étonné qu'un enfant, devant la beauté du tableau. Elle était spontanée dans sa façon d'admirer chaque chose et il retint son rire, la voyant arrêtée devant le mime de Charlot.
Celui ci l'observait, penchant la tête comme elle, répétant chacun de ses sourires ou gestes. Il esquissa même le geste de remonter une bretelle de soutien gorge imaginaire, faisant s'esclaffer les badauds. Elle se pencha vers lui, déposant sur sa joue blanchâtre, un baiser léger, décidant de s'éloigner et continuer leur ballade.
Il la suivait, observant la fluidité de ses gestes, amusé de sa moue enfantine devant des jeunes totalement ivres, avachis sur les marches. D'un geste volontaire, il la prit par la taille, la faisant éclater de rire, en se voyant presque au point de l'embrasser. Qu'attendait-il? Elle en mourait d'envie... lui, se faisait désirer...
Peu à peu, au cours de leur ballade, leurs mains s'effleurèrent, se caressèrent puis doucement leurs doigts se croisèrent pour ne plus se quitter. Marine sentit son cœur doucement s'emballer. Jusqu'où iraient-ils l'un et l'autre? Combien de photos avait-il prises d'elle? Lui remettrait-il en fin de soirée?
Ils allèrent dîner dans un restaurant chinois, devisant sans même voir le temps filer. Ils avaient l'impression de se connaître depuis toujours et retarder le moment de devoir se séparer.
Il l'emmena, le long des quais de la Seine, regardant les étoiles miroiter dedans. Ils étaient heureux, d'être ensemble, savourant ces instants où ils restaient plongés dans leurs pensées.
Il la fit descendre les escaliers, regardant autour de lui, attentivement. La lune était montée dans le ciel. Il s'approcha de MARINE, faisant glisser son chemisier, dénudant ses épaules, posant ses cheveux longs, dessus, en vagues légères. Il la fit s'asseoir au sol, le dos au mur, les jambes à demi repliées, la tête penchée, légèrement, l'air pensif. Se rendait-elle compte combien elle était attirante? Elle dégageait une candeur surprenante.
Puis il la fit se lever, relevant sa jupe, doucement, lui faisant comprendre qu'elle allait réajuster son bas, innocemment. L'ombre de la nuit paraissait l'entourer et la lune faisait ressortir la blancheur laiteuse de sa cuisse, étrangement. Le mouvement de sa chevelure donnait une sensualité époustouflante à son corps, à demi penché. Il la dévorait du regard, la mitraillant, résolument. Comme elle était belle...
Submergé d'émotions troublantes, il vint se coller à elle, plaquant son corps contre le mur de pierres. Il s'approcha d'elle, posant un premier baiser, timide, sur ses lèvres. Elle le laissa faire...Il s'enhardit, l'enlaça tendrement puis dévora sa bouche de baisers intenses, glissant ses mains fiévreuses sous son chemisier, en la caressant...
Prise d'une frénésie amoureuse, soudaine, elle plaqua ses seins affamés, contre ses paumes, recherchant ses caresses. Tout en elle paraissait, vouloir se libérer; comme cette faim d'être aimée, goûtée, offerte...
Il la déshabilla, posant chaque vêtement, avec une lenteur exaspérante, à ses pieds puis la fit, à nouveau, s'appuyer contre le muret, les bras posés comme pour s'y appuyer. Il se recula, observant son corps inondé par la lumière froide de la lune, la photographiant, à nouveau, comme pour se souvenir d'elle.
Au loin, un clochard se réveillait, incrédule, observant cette statue, soudain, qui se mettait à bouger, puis à danser le long des quais de la Seine. Il devenait urgent pour lui d'arrêter de boire, même si l'hallucination qu'il découvrait, stupéfait, était étrangement belle...Il vit soudain, deux statues en train de s'aimer dans la nuit étoilée.
Au petit matin, seul un petit foulard restait, près du mur de pierres, frémissant, sous le vent...témoin discret d'un étrange évènement. Dans l'eau, flottait le corps d'un homme, inanimé...qui n'avait jamais appris à nager...Son appareil photos avait disparu lui aussi. Pouvait-il se douter, cette nuit là, qu'il danserait et photographierait la Mort? Qui irait croire un clochard, à demi ivre parlant d'une statue qui dansait ???
Retour