J'ai sept ans. Ma soeur d'adoption huit ans. Nous allons chez ma tante, comme chaque samedi après midi, en marchant, tranquillement, tout en discutant, joyeusement.
Nous décidons de faire la course. Très vite, je prends de la distance avec ma soeur, peu habituée, aux efforts d'endurance. Il y a, au bout du trottoir, une petite rue sombre, que nous devons traverser. Elle n'est pas éclairée et il y a toujours au fond des ombres inquiétantes.
Arrivée au bout du trottoir, à l'entrée de la ruelle, une ombre se dresse devant moi, brusquement. Terrifiée, je lève les yeux sur l'homme, prête à détaler comme un lièvre au moindre geste de menace. L'homme semble agité et sa main droite remue avec une rapidité extraordinaire. Que tient-il donc qu'il agite ainsi? Fascinée, mes yeux se portent sur l'objet qu'il remue en tous sens, violemment.
Impossible de bouger. Je suis comme hypnotisée. Un rictus méchant étire ses lèvres. Une peur atroce me broie le ventre. J'ai envie d'hurler ma peur. Je reste bizarrement muette. J'ai envie de me sauver en courant et pourtant je semble enracinée au sol, incapable de bouger, comme paralysée par la peur qui m'envahit.
Mes yeux reviennent sur l'objet...C'est laid, bizarre, comme un gros saucisson, d'une couleur indéfinissable, le bout luisant, virant entre le marron, le carmen et certains endroits violacés. L'homme s'approche de moi, tend l'autre main, pour me toucher, toujours en le remuant. Je recule, instinctivement, effrayée mais incapable de me sauver, en courant, comme je le voudrais tant.Un cri de terreur monte en moi qui refuse de franchir mes lèvres...
Soudain, une main happe la mienne et m'oblige à me sauver en courant. Je suis trop surprise pour réagir et me laisse entraîner. Nous nous arrêterons au bout de la rue, à bout de souffle. Je ne sais pas encore que ma soeur vient de me sauver d'un terrible danger. Je découvre, pour la première fois, que certains hommes s'attaquent aux enfants, cherchant à les souiller.
Nous n'avons jamais parlé de cet incident à nos parents adoptifs, pour ne pas les inquiéter. Mais, dorénavant, nous traverserons cet endroit, en prenant le trottoir d'en face et en courant, sur nos petites jambes, d'un regard effrayé, la main tenant chacun un bâton, pour nous défendre, en cas de danger.
Aujourd'hui, la ruelle est fermée. Un immeuble occupe cet endroit qui nous terrifiait. Mais, je me demande encore à combien d'enfants, cet homme s'est attaqué, en toute impunité et le souvenir terrifiant qui en est resté, au fond de leur mémoire.
Les années ont passé mais je n'ai rien oublié...Ma confiance dans les grands est détruite à jamais. Il me faudra apprendre d'eux à me méfier et rester vigilante...
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