Il est l'heure, pour moi, d'aller manger. Presque 13 heures ! je remonte l'esplanade qui me mène à la boulangerie du quartier. A gauche, un jeune semble replié sur lui-même, immobile, ses cheveux longs rabattus sur son visage. Il est assis sur un petit banc de pierres, indifférent à ceux qui passent et le regardent.
Il est habillé, pauvrement, d'un simple tee-shirt et d'un jean usé, deux fois trop large. Il est maigre, d'une maigreur effrayante, pour son age. Dort-il ? Je l'ignore. Je ne peux m'empêcher de le regarder, imaginant le chagrin de ses parents s'ils le voyaient ainsi. En a-t-il ? Quel âge a-t-il ? Tout juste une vingtaine d'années.
En le voyant ainsi, je ne peux m'empêcher d'avoir pitié. Depuis combien de temps n'a-t-il pas mangé ? Difficile, il paraît indifférent quand je l'interpelle.
Mue par une idée, je fonce à la boulangerie et commande deux sandwichs ! Le temps que la boulangère me le prépare, en discutant, avec elle, j'observe mon jeune qui s'est levé, semble repartir, remontant l'allée. Il n'est pas trop tard pour le rattraper, me dis-je. Ou va-t-il ? Il ne doit plus s'en rappeler car il vient de rebrousser chemin, revenant à l'endroit ou il s'est assis.
Je peste intérieurement devant le temps que met la personne à me faire mes sandwichs. Je sursaute, le voici, à nouveau debout, l'air hagard, repartant en haut de l'esplanade. Ou va-t-il ? Incapable de me retenir, je presse la personne. Elle a suivi mon regard, hausse les épaules d'un geste fataliste puis s'exclame :
- Que voulez vous faire ? c'est un drogué !!! il est là tous les jours, durant midi.
Enfin, elle me sert et je file, courant plus que marchant, derrière lui, pour rattraper les quelques mètres qu'il me reste à parcourir.
- S'il vous plait ! lui ai-je lancé, d'une voix incertaine
- Oui, madame ?
- Avez-vous faim ? je vous ai acheté un sandwich, lui ai je dit, en lui tendant.
- Merci, madame, je vais le manger, doucement, par petits bouts, même si je n'ai pas très faim.
Il a fait alors un geste qui m'a étonnée ! Il m'a serré la main ! mais comme son regard était triste ! En le quittant, j'avais la gorge serrée et toute l'après midi, je n'ai pas réussi à me concentrer, sur mon travail. Ce jeune garçon aurait pu être le mien. ..le vôtre aussi...Quel monde vivons nous pour que personne n'ait songé à alerter sa famille ?
Demain, je me promets de prendre le temps de l'interroger, de lui parler, de tenter à nouveau de l'aider. C'est un humain ce gosse, pas un chien !
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